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Oct. 27, 2005


 

L'orgue A. Cavaillé-Coll 1877
Mainz (Paris), Allemagne (France)

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    Histoire de l'orgue A. Cavaillé-Coll de St-Bernard, Mainz-Bretzenheim

    Jusqu´à nos jours, le nom de «Cavaillé-Coll» a passionné le monde de l'orgue et, en 1999, nous fêtons les cent ans de la mort du facteur d'orque français. Son oeuvre incarne un idéal sonore chromatique, une couleur orchestrale, une intense fusion des sonorités, abondantes et en même temps empreintes de souplesse. L'univers sonore sombre et mystérieux de Cavaillé sera ici éclairé.

    Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899) est le créateur de l'Orgue Symphonique; son influence sur l'évolution de la facture d'orgue anglaise et allemande est considérable. Il créa une synthèse de l'orque classique français, caractérisée par les Flûtes harmoniques, le Récit Expressif, le style espagnol avec les Trompettes en Chamades ainsi que les jeux de Fonds du sud de l'Allemagne.

    Un très grand savoir-faire, un emploi des matériaux les plus nobles dans toutes les parties de ses instruments, une maîtrise parfaite des phénomènes acoustiques et un souci du moindre detail donnent à ses instruments une harmonisation élégante et très personnelle.

    Ses orgues offrirent aux compositeurs français de la seconde moitié du XlXe siècle une nouvelle inspiration, des possibilités jusque-là insoupçonnées et les conduisirent à créer le style symphonique. Les plus grands compositeurs pour orgue français - comme Franck, Widor et de Vierne à Messiaen - furent très profondément marqués et inspirés par les nouvelles couleurs de ces instruments.

    L'orgue Aristide Cavaillé-Coll de Saint Bernard est le premier instrument du facteur parisien à entrer en Allemagne. À travers une histoire mouvementée, sur les indications de l'ancienne famille propriétaire, l'architecte parisien Patrice Comte, ainsi que par les recherches des facteurs d'orgues Berger et Swiderski, on a pu reconstituer son histoire: l'origine de l'instrument remonte aux années 70 du siècle précédent. En 1876/1877, on trouve l'acquisition surprenante par la paroisse d'un grand orgue pour l'eglise St-Ferdinand de l'Enfant Jésus, à l'angle de la rue St-Ferdinand et de la rue d'Armaillé, à proximité de la Place de l'Etoile.

    Profitant de l'occasion, Cavaillé-Coll plaça dans son atelier ce nouvel instrument construit pour St- Ferdinand, afin de tester de nouvelles techniques; il servait aussi de modèle d'exposition. La décoration coûteuse ainsi que la mécanique compliquée de l'orque faisant appel à des techniques employées dans le Cavaillé de St-Ouen de Rouen (1890) firent que l'instrument ne put être totalement achevé que vers 1890/1892. L'orque n'a plus été modifié depuis.

    Le buffet, antérieur, est taillé en chêne massif. C'est lors d'un ordre du jour que Cavaillé-Coll décida d'utiliser le buffet historique d'un orgue plus ancien. Certaines parties du buffet ont plus de 250 ans, comme le prouve la visserie originale. Les artisans de la Maison Cavaillé surent intégrer d'une main de maître le matériel historique à de nouveaux éléments comme le banc d'orgue avec ses frises, ornements délicats et têtes d'anges.

    L'arrière grand-mère de Patrice Comte, Cécile (1869-1950), fille du métallurgiste alsacien Jakob Holtzer, acheta finalement en 1912 l'instrument au successeur de Cavaillé-Coll, Charles Mutin, pour sa soeur musicienne Hélène, meilleure amie et première élève de Nadia Boulanger. La célèbre organiste parisienne, titulaire de la Madeleine, put apprécier l'instrument qui se trouvait alors dans l'hôtel particulier familial de la rue d'Anjou, et ce jusqu'au décès de Cécile en 1950. En 1951, l'hôtel particulier est vendu et l'orque transféré a l'église luthérienne de l'Oratoire du Louvre où il restera jusqu'à la fin des années 60. En 1971, Nadia Vergniaud, mère de Patrice Comte et elle-même élève de Nadia Boulanger, offre généreusement l'instrument à la petite église luthérienne de Suresnes, située aux portes de Paris. Il y assurera ses fonctions jusqu'en 1997 où une restauration devient indispensable: la mécanique est fatiguée et la soufflerie défectueuse. Afin de limiter les coûts, des amateurs de la paroisse commencèrent à faire des recherches sur les possibilités de restauration de l'instrument. Malgré leur bonne volonté, ils comprirent rapidement que seule une restauration appropriée, avec les moyens financiers adéquats, permettrait une remise en état durable. La Paroisse n'en avait malheureusement pas les moyens. Avec l'aide du facteur d'orque François Delangue, la Paroisse et le propriétaire de l'instrument, M. P. Comte, et plusieurs contacts, l'orgue fut finalement vendu à la paroisse allemande St-Bernard, près de Mainz. Le comité de la Paroisse St-Bernard assuma tous les frais du démontage, restauration et remontage de l'instrument. Ce travail fut confié au facteur Montpelliérain Claude Berger et au facteur parisien Jean-Pierre Swiderski.

    Le 17 décembre 1999, le prélat Dr. Werner Guballa, Vicaire Général du diocèse de Mainz, bénissait le premier Cavaillé-Coll du territoire allemand. Daniel Roth, organiste titulaire du grand-orgue Cavaillé de St. Sulpice, joua la messe de consécration et donna le premier concert sur cet orque restauré, ceci dans le cadre d'un symposium international organisé par l'académie catholique du diocèse de Mainz, Erbacher Hof, célébrant le centenaire de la mort de Cavaillé-Coll.

    (Dr. Peter Reifenberg, Traduction: Frédéric Denis)