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2002-2009

Last update:
July 20, 2006

 

L'Orgue de 1780 Gaetano Callido Organ op. 157
Boara Polesine/Rovigo, Veneto, Italie

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    Historique

    L'orgue de St. Zenone, Boara Polesine/Veneto (40 km au sud de Venise) est un bel exemple d'orgue de grande taille du célèbre facteur vénitien Gaetano Callido. Ceci est confirmé par la présence de la Contrabassi 16', constituée de tuyaux ouverts de 16' en bois, par la composition des 7 rangs du Ripieno allant jusqu'à la Trigesimasesta et par la présence d'un jeu ressemblant à une petite Régale, le Tromboncini 8'.

    La plupart des registres sont divisés en Bassi et Soprani (Basse et Aigü), en raison du clavier coupé, pratique courante parmi les orgues historiques italiennes. La première octave est dénommée "scavezza" (courte), typique pour ces instruments.

    Une des belles caractéristiques de cet orgue est qu'il a été laissé quasiment intact depuis sa construction d'origine, de telle sorte que pas un seul tuyau n'a dû être reconstruit, à l'exception du Trombone au pédalier, volé pendant la 2e Guerre Mondiale, et de quelques tuyaux cassés du Tromboncini.

    Les archives de l'église n'indiquent que de petites interventions jusqu'à la restauration significative de 1992, réalisée par Alfredo Piccinelli, fameux facteur italien et spécialiste des orgues Callido. Spécialiste de la facture d'orgue mais n'ayant que peu de considération pour les canons de la musique, tous les orgues "touchés" par lui ont été accordés au tempérament égal. Aujourd'hui nous savons par la Recherche, que Callido n'employa jamais le tempérament égal, mais très souvent un tempérament du type Tartini-Vallotti. Aussi avons-nous décidé de remettre l'orgue virtuel dans ce tempérament historique italien beaucoup plus adéquat.

    Le splendide Ripieno donne à l'orgue luminosité et clarté, bien que les dimensions des fonds, particulièrement le Principale 8' italien, soient très importantes. La beauté et la douceur de ses sonorités sont dues à la pression du vent très réduite, environ 42 mm (!) seulement de hauteur d'eau, comme on la trouve sur les orgues historiques italiennes.

    Pendant la restauration, le buffet d'orgue et ses couleurs furent complétement changés afin de satisfaire à des exigences de visibilité. Aujourd'hui, de nouveau, l'orgue Callido de Boara Polesine offre au visiteur le mystère de ses sonorités, sa solennité et ses couleurs vives. (Texte par Paolo Osti).

    Gaetano Callido - Le facteur d'orgue de Venise
    CALLIDO Gaetano (Antonio) est né à Este (Padua) en 1727 et est mort à Venise en 1813. Il fut le disciple qui, par son talent et sa renommée, surpassa son maître. En 1742, il devint l'apprenti de Pietro Nacchini. Quand en 1762, Callido décida de mettre un terme à leur collaboration afin d'entreprendre sa propre carrière, les deux hommes restèrent des amis proches. Callido apprécia le respect de son maître ainsi que celui de ses contemporains.
    Dès 1763, il se retrouva dans la situation d'avoir à construire six orgues (l'un d'eux avec deux claviers), et après quelques années, son activité s'était étendue non seulement à tous les territoires dépendant directement de Venise, mais aussi à la Marche, la Romagna et même Constantinople.
    En 1766, il reçut la prestigieuse mission de reconstruire entièrement les trois orgues de la Basilique Saint Marc à Venise. Son infatigable activité, avec une cadence de production moyenne d'une dizaine d'orgues par an, ainsi que les mérites et avantages qu'il en retirait pour lui et pour Venise, furent reconnus par le Sénat qui, par le décret du 27 Mars 1779, l'exempta des taxes sur le transit et sur la valeur des biens lors du transport de ses instruments hors du territoire de la République. Les événements politiques et les mutations sociales-économiques à la fin du 18e siècle, en particulier la suppression des congrégations religieuses décrétée par le gouvernement de Napoléon, ne semblent pas avoir eu beaucoup d'influence sur son travail qui continua à un rythme soutenu, jusqu'en 1806, quand le contrôle de la facture d'orgue passa à ses fils.

    De l'activité prodigieuse de Callido, il reste le décompte systématique de la liste des orgues qu'il construisit: celui-ci consiste en trois tableaux de fabrique, sur lesquels sont écrits, à l'encre de Chine, les noms des localités et des églises où furent construits les orgues, dans l'ordre chronologique, avec des numéros croissants. La liste s'achève sur le numéro 430 en 1806. Jusqu'à l'année 1812, de la place a été réservée mais ne fut jamais remplie.

    Concepts de la facture d'orgue
    Dans la réalisation de ses instruments, Callido suivit de manière générale le style de Nacchini, avec seulement quelques changements, tant du point de vue de la composition tonale que du type de construction. Il concevait habituellement un orgue comme un instrument avec un seul clavier, avec un pédalier d'étendue restreinte. Les orgues de Callido n'étaien en aucun cas tous identiques, mais leur taille dépendait de la présence ou de l'absence de certains jeux, tous choisis dans une palette limitée de laquelle il ne s'est jamais séparé.

    La pyramide des jeux "masculins" contient tous les rangs de principaux qui forment le "Ripieno".
    Les registres peuvent être employés séparément dans de multiples combinaisons ou tous ensemble, activés d'une manière collective par un "Tiratutti" consistant en une poignée rotative placée en haut des tirants des jeux:

    Principale (8') presque invariablement divisé entre basse et dessus
    Ottava
    (4')
    Quinta Decima
             (XV - 2')
    Decima Nona
                 (XIX – 1 1/3')
    Vigesima Seconda
         (XXII - 1')
    Vigesima Sesta
              (XXVI - 2/3')
    Vigesima Nona
              (XXIX - 1/2')
    Trigesima Terza
            (XXXIII - 1/3')
    Trigesima Sesta
             (XXXVI - 1/4')

    Les deux derniers rangs manquent souvent dans les petits instruments et n'ont leur étendue complète que dans les grandes orgues, étant normalement limités à une ou deux octaves dans la basse. La raison de limiter leur étendue est simple: étant donné que le tuyau le plus aigü d'un orgue de Callido est un Do à 1/8', tous les rangs redescendent d'une octave une fois cette limite atteinte. Avec cette configuration, qui est habituelle dans la majorité des orgues historiques italiennes (bien que les "points de retour" puissent varier), un certain nombre de fréquences dupliquées sont présentes depuis le milieu du clavier jusqu'à l'endroit où, partant du F#4, seulement deux fréquences différentes sont présentes alors qu'on joue cinq tuyaux. Pour ne pas étendre la duplication des fréquences sur le registre grave et pour éviter d'augmenter le nombre de duplications dans l'aigü, Callido arrête normalement les rangs XXXIII et XXXVI à l'endroit où ils commenceraient leurs reprises (F2 et C2 respectivement) ou ne les étend vers le haut que de quelques notes.

    La pyramide des jeux "féminins"  ("registri da concerto" ou jeux "consort") comprend:

    Flauto in Ottav une (Flûte en VIII - 4') souvent, mais pas toujours, séparée en basse et dessus. Normalement fabriquée comme une flûte effilée (flûte à fuseau), on peut aussi la rencontrer sous la forme d'une flûte métallique bouchée (avec la calotte recouverte de cuir et introduite dans le corps du résonateur) ou même comme une flûte à cheminée, avec une calotte soudée.

    Flauto in Duodecima (Flûte en XII - 2 2/3'), habituellement non séparée entre basse et dessus (mais elle est séparée par exemple dans l'orgue de Feltre). Elle est normalement construite comme une flûte à fuseau, bien qu'il existe certains exemples de tuyaux bouchés pour la basse et de tuyaux effilés pour l'aigü.

    Cornetta (Flûte en XVII - 1  3/5') - aigü seulement, composé de flûtes à fuseau.

    Voce Umana (taille de principal, 8', aigü seulement , (dés)accordé en dessous pour obtenir des ondulations !)

    Les anches:

    Tromboncini    (régale de style trompette 8') basse et dessus

    Violoncelli       (régale avec résonateur en bois - 8') basse et dessus

    Violetta, habituellement pour la basse uniquement, mais existe aussi en tant que jeu complet, notamment dans les instruments tardifs. C'est un jeu de 4' imitant les cordes avec un corps cylindrique étroit, accordé à l'unisson.

    La partie de Pédale comprend les jeux suivants:

    Contrabassi, Ottava di Contrabassi et Duodecima di Contrabassi. 
    Ce sont trois rangs de tuyaux ouverts en bois en 16', 8' et 5 1/3' respectivement, activés simultanément. Sur les petits orgues, seuls les deux premiers sont présents (16' + 8'), ou juste le 16'. Sur les petits instruments, les tuyaux de 16' sont souvent bouchés.

    Tromboni ai Pedali (une anche du type trompette, avec une demi longueur de résonateur pour une référence de 8')

    Les anches sont d'un intérêt particulier, pour leur forme et sonorité inhabituelles. Les résonateurs du Troboncini sont fait en fer-blanc et sont constitués d'une partie basse à quatre côtés et d'une "cloche" en haut. Leurs pieds en plomb, à quatre côtés, sont insérés dans des coffres en noyer. Les rasettes sont en laiton avec une partie en corne de vache pour faciliter le glissement sur les languettes pendant l'accord. Le jeu au Do grave (référence 8') est d'une longueur de 1/8, le résonateur étant long d'environ un pied.

    Les tuyaux

    Du point de vue de la construction, les instruments construits par Callido sont d'une qualité insurpassée. Chaque tuyau est un véritable chef-d'oeuvre, avec des joints fins, réguliers, absolument parfaits. Les sommiers et toutes les autres parties ont été réalisés avec la pus haute attention portée aux détails. Callido avait, de toute évidence, été formé de manière très exigeante, et demandait la même perfections à ses ouvriers.

    La faible pression de l'air est aussi un facteur déterminant pour obtenir un son riche, non forcé. Elle était souvent fixée entre 48 et 55 mm (!) de hauteur d'eau, avec peu d'exemples vérifiés de pression un peu plus élevée.

    L'accord était réalisé exclusivement en coupant le tuyau et en l'ajustant avec l'accordoir, à l'exception des tuyaux de façade, qui étaient coupés presque à la bonne longueur puis accordés en découpant et roulant une languette de métal en haut du résonateur.

    Le système d'alimentation en vent

    La configuration la plus courante dans les orgues Callido comprend deux soufflets à plis (avec cinq plis) réalisés entièrement en sapin. Ils étaient normalement placés l'un au-dessus de l'autre et étaient activés par des cordes via un système de poulies. Leur taille était plutôt standardisée: plus grand pour les grands instruments, et plus petits pour les instruments demandant moins de vent.

    Le système d'accord

    Pour autant que nous sachions, Callido n'utilisa jamais le tempérament égal, déjà employé dans d'autres régions d'Europe à cette époque. Déjà bien connu depuis quelques siècles, il était considéré comme inintéressant et non souhaitable, à cause en particulier des désagréables intervalles "larges" de tierce qui existent même dans les tonalités les plus courantes. Le tempérament égal continua d'être rejeté en Italie jusque pendant une bonne partie du 19e siècle. Giovan Battista de Lorenzi, un facteur très ingénieux de Vicenza, créa en 1870 un "tempérament modéré" qui, quoique très proche de l'égal, était destiné à réduire l'effet "désaccordé" des intervalles de tierce les plus utilisés.

    Nous savons que le maître de Callido, Pietro Nacchini, pour certaines de ses réalisations, utilisait une méthode d'accord qui consiste à accorder les 11 intervalles de quinte de Eb à G# en diminuant chacune d'1/6 de comma, une méthode très proche de celle de Gottfried Silbermann. Callido a pu également avoir utilisé cette technique, mais il s'en éloigna à un moment donné et adopta divers systèmes similaires, parmi lesquels le tempérament inventé par Francescantonio Vallotti, Directeur de la Musique à la Basilique St. Antoine de Padoue, et Alessandro Barca en 1779, qui évitait le grand intervalle G#-Eb, le rendant presque parfait.

    Source: L'essentiel a été tiré de THE DIAPASON, December 1998, Vol: 89/12

    Remerciments particuliers
    J'aimerais remercier le recteur et la paroisse de St. Zenone, Boara Polesine, pour avoir permis et supporté ce projet. J'aimerais remercier particulièrement Paolo Osti, Rovigo, pour avoir établi les contacts, traductions et pour l'aide sur place ainsi que le Padre Don Tristano pour sa patience.